La Thaïlande réduit le séjour sans visa à 30 jours : ce qui change pour les Français, les Indiens et les Marocains
Le gouvernement thaïlandais a approuvé le 19 mai 2026 la fin du séjour sans visa de 60 jours : les Français, Belges, Suisses et Canadiens passent à 30 jours, l'Inde bascule au visa à l'arrivée et le Maroc perd tout accès sans visa. Décryptage complet d'une réforme qui rebat les cartes pour les expatriés et voyageurs francophones.
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C'est la fin d'une parenthèse dorée pour les voyageurs français en Thaïlande. Réuni le 19 mai 2026, le Conseil des ministres thaïlandais a approuvé une refonte en profondeur de son régime d'exemption de visa : les ressortissants français, comme ceux de la Belgique, de la Suisse, du Canada et du Luxembourg, ne pourront plus séjourner que 30 jours sans visa, contre 60 jours depuis juillet 2024. Dans le même mouvement, Bangkok retire l'accès sans visa à l'Inde, désormais reléguée au visa à l'arrivée, et au Maroc, dont les ressortissants devront repasser par une demande de visa en bonne et due forme.
Ce qui change pour les Français et les francophones
Depuis le 15 juillet 2024, les ressortissants de 93 pays et territoires bénéficiaient d'une exemption de visa de 60 jours, l'une des politiques d'ouverture les plus généreuses d'Asie. Ce dispositif, dit « P.60 », vit ses dernières semaines. Le nouveau cadre adopté par le gouvernement d'Anutin Charnvirakul instaure un système à trois étages :
- 54 pays et territoires, dont la France, la Belgique, la Suisse, le Canada et le Luxembourg, conservent l'exemption de visa mais voient leur durée de séjour ramenée à 30 jours ;
- 3 pays (Seychelles, Maldives, Maurice) passent à une exemption de 15 jours ;
- 4 pays (Inde, Azerbaïdjan, Biélorussie, Serbie) basculent vers le visa à l'arrivée (Visa on Arrival), payant et limité à 15 jours.
Autre tour de vis passé presque inaperçu : les entrées sans visa par les frontières terrestres seront plafonnées à deux par année civile, une mesure qui vise directement les « visa runs » à répétition vers la Malaisie, le Laos ou le Cambodge. Le visa à l'arrivée, lui, voit sa liste de pays éligibles fondre de 31 à 4.
Pour la communauté française — premier marché long-courrier francophone du royaume —, le coup est sensible. Selon les données du ministère thaïlandais du Tourisme, près de 711 000 touristes français ont visité le royaume entre le 1er janvier et le 23 novembre 2025, en hausse de 13,8 % sur un an, avec un séjour moyen de 17,2 jours — presque le double de la moyenne générale des visiteurs étrangers. C'est précisément ce profil de voyageur au long cours, hivernants, semi-retraités et télétravailleurs, que la réduction à 30 jours va contraindre à revoir ses plans.
Pourquoi Bangkok serre la vis
Officiellement, le gouvernement invoque un argument simple : la durée moyenne de séjour des touristes étrangers s'établit autour de 9 jours. Les 60 jours d'exemption seraient donc superflus pour le tourisme de loisir — et surtout, ils auraient été détournés de leur objet.
Les autorités pointent l'exploitation du régime par des étrangers entrés comme touristes pour travailler sans permis, monter des sociétés-écrans dites « nominee » (détenues par des prête-noms thaïlandais), voire opérer des centres d'appels frauduleux et d'autres activités criminelles transnationales. « Nous ne nous concentrerons pas uniquement sur le nombre de touristes. L'accent doit être mis sur des touristes de qualité, et non sur la facilité d'entrée et le volume », a résumé le ministre du Tourisme et des Sports, Surasak Phancharoenworakul, cité par le quotidien The Nation.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul a, de son côté, justifié une révision rendue nécessaire par « la situation actuelle, tant sur le plan économique que sur celui de la sécurité nationale ». Un repositionnement assumé : après des années de course au volume pour relancer un secteur sinistré par la pandémie, la Thaïlande affiche désormais une doctrine de « tourisme de qualité ».
Inde et Maroc : les grands perdants de la réforme
Si les Européens conservent un accès sans visa, deux pays font les frais d'un déclassement bien plus brutal.
L'Inde, troisième marché touristique, reléguée au visa à l'arrivée
Le cas indien est le plus spectaculaire. New Delhi n'a jamais bénéficié d'une exemption permanente : une dispense temporaire de 30 jours avait été accordée en novembre 2023 pour relancer le tourisme, prolongée en 2024, puis absorbée dans le régime généralisé des 60 jours. Avec 2,49 millions de visiteurs en 2025 (+16,8 %), l'Inde s'était hissée au rang de troisième marché émetteur du royaume, derrière la Malaisie et la Chine.
Les voyageurs indiens devront désormais s'acquitter d'un visa à l'arrivée de 2 000 bahts (environ 53 euros), payable en espèces, pour un séjour limité à 15 jours — ou anticiper avec un e-visa touristique (environ 3 000 roupies, soit 32 euros, avec un délai de traitement d'une semaine minimum). Un paradoxe au moment où le secteur touristique thaïlandais comptait sur le relais de croissance indien pour compenser l'effondrement du marché chinois.
Le Maroc, exclu de toutes les listes
Le Maroc, lui, disparaît purement et simplement du dispositif : ni exemption de 30 jours, ni 15 jours, ni visa à l'arrivée. Les ressortissants marocains, qui bénéficiaient de l'exemption de 60 jours depuis 2024, devront déposer une demande de visa en ligne sur le portail officiel (thaievisa.go.th), avec passeport, billet retour, justificatif d'hébergement et preuve de ressources. Un retour à la case départ qui referme une parenthèse de moins de deux ans.
Quelles solutions pour rester plus de 30 jours ?
Pour les Français qui envisagent un séjour prolongé, plusieurs options demeurent — moyennant désormais formalités et frais :
- L'extension de séjour : 30 jours supplémentaires accordés par les bureaux de l'immigration pour 1 900 bahts (environ 50 euros), soit un total de 60 jours — l'équivalent de l'ancien régime, mais payant et avec démarche sur place ;
- Le visa touristique TR (e-visa) : 60 jours à l'entrée, extensible de 30 jours, et sa déclinaison à entrées multiples (METV) valable six mois ;
- Le visa DTV (Destination Thailand Visa), conçu pour les nomades numériques : cinq ans de validité, entrées multiples, 180 jours par entrée, pour 10 000 bahts — mais avec une preuve de fonds de 500 000 bahts (environ 13 000 euros) ;
- Les visas long séjour Non-Immigrant O et OA pour les plus de 50 ans, inchangés.
Les habitués des allers-retours frontaliers devront en revanche composer avec le plafond de deux entrées terrestres sans visa par an — la fin, de fait, du « border run » comme mode de vie.
Un secteur touristique en convalescence
La réforme intervient dans un contexte délicat. La Thaïlande a accueilli 32,97 millions de visiteurs en 2025, en recul de 7,2 % par rapport aux 35,5 millions de 2024, loin des sommets d'avant-pandémie. Le premier trimestre 2026 confirme l'érosion (−3,4 % sur un an), alors que le gouvernement vise 33,5 millions d'arrivées cette année, pour un secteur qui pèse plus de 10 % du PIB.
L'industrie touristique, qui avait elle-même réclamé une révision du régime des 60 jours, affiche une prudence mesurée. « Il n'y aura pas d'impact significatif sur le marché touristique, tant que l'exemption de visa est maintenue et que seule la durée de séjour autorisée est réduite », estime Adith Chairattananon, secrétaire général honoraire de l'Association des agents de voyages thaïlandais (ATTA), tout en regrettant le flou entourant l'application de la mesure. Les professionnels rappellent volontiers que le touriste « classique », qui reste de trois à sept jours, dépense davantage par jour que le visiteur au long cours.
Quand la mesure entre-t-elle en vigueur ?
C'est l'inconnue qui demeure. La réforme doit être publiée à la Royal Gazette, le journal officiel thaïlandais, et entrera en vigueur 15 jours après cette publication. Début juin 2026, cette publication n'était pas encore intervenue : le régime des 60 jours reste donc applicable jusqu'à nouvel ordre, et les voyageurs déjà entrés sous l'ancien régime conservent leurs droits.
Pour les expatriés et futurs voyageurs francophones, le conseil est simple : vérifier les règles en vigueur avant chaque départ sur les sites officiels (ambassade royale de Thaïlande à Paris, portail thaievisa.go.th), anticiper les demandes d'extension, et, pour les séjours réguliers ou prolongés, envisager dès maintenant un visa adapté plutôt que de compter sur une exemption désormais réduite de moitié.